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samedi, 15 juillet 2006
Le vrai 'Bonheur", c'est pas c'qu'on croit.
Aujourd'hui... les 9 ans de Graham, le sourire de Saskia, le chant des grillons, le parfum de l'herbe chaude, la main douce de Titi, un café glacé, le goût de la tomate et du basilic écrasés sur une tartine beurrée, et le calme, voluptueux.
Alors je goooogle "bonheur". Comme ça, parce que ce mot s'impose, parce que je suis trop économe (radine ? clean ? provinciale ? ennuyeuse ? ...?) pour croire au Nirvana, parce que je suis assez vieille pour reconnaître son parfum avant qu'il ne s'estompe et aussi, faut bien dire, parce que Zouzoune est partie à la piscine avec ses copines, Graminou est à la plage avec ses copains, parce que Titi est à son studio avec ses pinceaux, parce que le chat est repu et la chienne endormie. Bref, je pense au bonheur parce que soudain j'ai tout ce vide temporel devant moi.
"Bonheur". Je m'attends à l'apparition d'adresses de spécialistes de va-chercher-bonheur, quelques sites accessibles par carte bleue, de logghorées de bloggeurs qui n'ont rien a dire sur le sujet mais t'en font une page, un lien vers un aphorisme oscarwildesque, une citation cyniguitrique, un mièvre extrait de Labiche, la définition de wikipedia... Wikepedia figure en bonne position quant au reste.
Rien. Le "Bonheur", c'est Rosa (peintre français réaliste, 1822-1899), c'est Auguste (peintre français, 1824-1884), puis le "Bonheur Children's Medical Center", Memphis, Tennessee, une clinique de 225 lits, 558 employés, fondée en 1952. Une clinique qui reçoit 68 000 urgences chaque année, opère 8400 enfants, recouds 54 386 blessures, délivre 680 000 médicaments, 37 894 glaces à l'eau, 13 461 crayons de couleur et 26 873 jouets. C'est ça, le vrai bonheur.
19:35 Publié dans blablabla | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 12 juillet 2006
Un seul être se plante, et tout est dépeuplé.
Petite revue d'actualité en famille. Comme au prochain G-8, le tir de missile coréen est en Une de la discussion, avec un détour obligé par la bombe atomique.
- Bombe atomique, c'est : tout explose et il ne reste plus personne sur la Terre.
- Pour les pessimistes, ma Zouzoune.
La version optimiste vient de Graham.
- Personne n'est assez fou, pour tuer tout le monde, Saskia !............ Il faut être au moins deux pour se battre.
Parole de spécialiste.
14:39 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
lundi, 10 juillet 2006
Flemme au foyer ou le mal de l'âtre
Dans mon pays lointain, lorsque bébé paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris, avant de courir s'assurer que la garderie municipale s'occupera de Chérubin.
Le monde se partage alors en trois catégories :
- Les vainqueurs de la course, les avec-garderie ;
- Les sans-garderie-involontaires, dans lequel se trouvent les malchanceux, les pauvres (ce qui n'est pas plus chanceux), et les inconscients retardataires parisiens qui n'ont inscrit bébé qu'au 1er mois de grossesse, les fous !
- les sans-garderie-volontaires, categorie dans laquelle cohabitent les pro-nounous, les catholiques pratiquants et les hippies impies.
En Georgie, on ne s'embarrasse pas de ces segmentations. Ici la garderie municipale est un concept abscons… Un truc de communard, comme la sécu et la cotisation retraite. Ici, la femme qui travaille est un concept à la con, un truc de new-yorkaises frustrées ou (et pardonnez la tautologie) de libéraux hilaristes*. Ici, lorsque la femme met bas, elle accouche de tout élan carriériste, de toutes velléités d'indépendance financière.
So.. Pourquoi développer des structures d'accueil, sinon pour alimenter la tentation diabolique de la jeune mère de déserter l'âtre pour aller gagner son argent de poche ? Pourquoi gaspiller l'argent public en garderies pour travailleuses ? Ici, lorsque la femme se marie, elle perd sa virginité (absolument) et son patron. Direction la maison. Pourquoi s'embarrasser de garderies ?
Les églises ont trouvé la réponse. L'église Méthodiste, Presbytérienne, Luthérienne, etc. locales, ne gaspillent pas l'argent de leur public, elles tricotent des bénitiers avec la paresse humaine. Les églises adorent éteindre le feu des tentations diaboliques. Le remède est simple : ouvrons nos garderies cultuelles. Le pratiquant se débarrasse de ses principes d'autant plus facilement que sa pratiquante est secondée par l'Eglise. Et contre un modeste denie, ladite pratiquante se débarrasse de sa culpabilité. Un point partout et vous vous verser le profit au culte. Mais attention, s'agit pas de déposer son enfant pour aller travailler, quelle idée sinistre. Seulement, manager sa femme de ménage, son prof de tennis, les déjeuners entre copines, la coordination des activités extra-scolaires des enfants, pétitionner pour la fermeture de l'unique piscine publique locale (que faire d'un bain de germes afro-américains lorsqu'il est si simple d'élever une pool dans son jardin ?), organiser le gala de charité au profit des chiens orphelins de millionnaires… C'est stressant. Mais pas de panique Mrs : l'Eglise s'occupe des gosses.
* Hilary Rodham Clinton, Junior Senateur de New York, femme du 42e président des amis ricains
14:59 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
dimanche, 09 juillet 2006
30 millions d'incompris et moi et moi et moi...
La maman d'Archie ne savait pas qu'ils etaient si nombreux.
- Je ne comprends pas du tout le plaisir que tu prends a regarder Ca !
Vautre dans son fauteuil, Archie leve un sourcil avant de soupirer :
- M'mam, "Ca" est un match de foot.
- Whatever, je ne comprends pas les gens qui aiment ce jeu. Tu dois bien etre le seul, tient !
- Seul parmi 3 millions de spectateurs a travers le monde, mam'!30, Archie. Ils sont plus de 30 millions a regarder le match.
Savait pas Archie que l'on peut se sentir tout seul parmi 30 millions d'incompris.
21:00 Publié dans Diantre ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 03 juillet 2006
Un dimanche au bord de l'Autre
J’aime prendre des Polaroïds. Je collectionne les instantanés de ruines de vie, de bâtiments étranges et d’enseignes peintes à la main. J’aime le Polaroïd car il ne ment pas. Pas de retouches possibles, pas de réglages sophistiqués, pas de zooms, pas de triche au développement. La vérité est nue et unique. Le pola est bon, ou à jeter. Ce dimanche, je suis partie sur la route 82, chasser ce naturel.
Sur cette route, entre la ville de Brunswick et celle de Waycross, il n’y a rien. Rien de plus qu’entre Nahunta et Hoboken. Rien qui ne justifie de prendre cette route. Rien dont ma mémoire ne voudra s’encombrer. Rien que des stations services abandonnées, d’interminables pinèdes, des drapeaux sudistes et des mobil-homes entourés de jardins-Emmaus : ces jardins dans lesquels poussent les squelettes récupérés, rebuts de meubles, carcasses rouillées, biens autrefois désirés par d’autres. Notre société aime pareillement mettre au vert ses petits vieux et ces vielles bagnoles, nous partageons une aversion profonde pour ce qui ne nous sert plus.
Seulement, le mot “Rien” est un hiroshima d’indifference. Il efface dans un souffle des milliers d’ames. Un inconnu chique sa paye, assis sur les marches de sa caravane. Un jeune homme au ventre gonflé laisse sa cigarette consumer ce vide de dimanche, un vide plus lourd que ceux de la semaine. Un vieux attend que le vent souffle en regardant passer les voitures. Une femme traîne ses savates en remontant le bas-coté poussiéreux. Un toboggan reste miraculeusement suspendu au bord d’une mare huileuse attendant qu’un enfant glisse son ennui dans l’eau stagnante. Une jeune fille au regard fatigué soutient ses reins, elle va bientôt accoucher de l’enfant qu’elle est encore. Les femmes ne sont pas belles, les hommes sont gros. Elles ont le visage pale, ils ont le cou rouge. Leurs tee-shirts sont informes, délavés, collés. Ils ont chaud. Il fait chaud.
Entre deux noms sur la carte s’etalent tellement d’espaces de vide et de rien. Des vides et des riens qui me font peur. J’ai peur que cette misère m’absorbe. Je suis trop habituée au paysage aseptisé de la cote. A l’intérieur des terres, entre deux villes, la nature humaine reprend ses droits. Le droit à l’oubli, le droit au chômage, à la peur de l’autre, aux armes à feu, le droit à la bière par packs de 72, le droit aux stations essence, le droit à l’insalubrite des intérieurs et à la misère. Le long de ces routes, les habitations précaires se suivent et se ressemblent. Finalement, l’égalité sociale existe dans cette autre Amerique.
00:50 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



